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logo_log.gifDissertations - Pourquoi écrit-on ?
Exemple de dissertation rédigée sur la base du travail d'une élève de terminale S du Lycée Claudel d'Ottawa
[Introduction]
L’écriture est l’un des piliers de nos sociétés occidentales: le nombre des illettrés diminue toujours et toute éducation qui ne comporterait pas l’apprentissage de l’écriture, serait maintenant inconcevable. Comment expliquer une telle importance ? Alors que déjà certains théoriciens, tel MacLuhan, ont annoncé la fin de la « galaxie Gutenberg » et l’avènement d’une ère de l’audiovisuel, on peut se poser la question : Pourquoi écrit-on? En tant que langage, l’écriture est un système de signes. Ce système a-t-il des caractéristiques propres ou n’est-il que la simple transcription du langage oral ? Pourquoi écrit-on ? Le langage est un système de signe qui sert à communiquer. L’écriture présente-t-elle des avantages sur la parole à cet égard? Mais le langage a aussi d’autres fonctions que la simple communication de l’information : fonction d’élaboration de la pensée, fonction conative, fonction poétique... Quel rôle joue l’écriture dans la réalisation de ces fonctions ?
Après avoir dégagé la spécificité de l’écriture, nous examinerons d’une façon générale l’écriture comme moyen de communication puis son rôle dans la réalisation d’autres fonctions plus spécifiques du langage.


[Développement]
[Partie 1]
Si l’écriture phonétique est un phénomène relativement tardif dans l’histoire de l’humanité, les premiers homo sapiens communiquaient déjà par des moyens graphiques et ont su donner à l’image une valeur de signe. Un signe est l’unité indissociable d’un signifiant (son aspect matériel) et d’un signifié (son aspect conceptuel). Contrairement au signifiant de la parole qui se déroule linéairement et irréversiblement dans le temps, le texte écrit se développe dans les deux dimensions spatiales du plan. Et s’il n’y a pas de signe, donc pas de langage, sans trace matérielle, la trace de l’écriture a ceci de particulier qu’elle demeure disponible après sa production pour pouvoir être parcourue, manipulée, transmise indépendamment de son contexte immédiat de production. Cependant, à l’heure actuelle, les moyens audiovisuels confèrent à l’oral cette permanence qui jusqu’alors lui manquait. La permanence du support graphique est donc une caractéristique importante de l’écriture, mais, si elle est nécessaire, elle n’est pas suffisante pour rendre compte de son pouvoir. Si l’on a écrit et que l’on écrit toujours, c’est qu’il y a plus dans l’écriture qu’une simple retranscription de la parole sur un support plus durable. Ne voir dans l’écriture qu’une parole gravée, c’est méconnaître la spécificité d’un langage qui n’est qu’accidentellement phonétique. Les signes écrits, même dans le cas des écritures phonétiques, renvoient directement à leur signifié sans passer par une sorte de traduction préliminaire en langage oral. La preuve en est que les sourds-muets peuvent décoder l’écriture sans un passage obligé par un correspondant sonore. Il existe d’ailleurs des « idéographies », écritures d’idées et non de sons, qui n’ont pas de véritable équivalent non graphique. Les notations scientifiques et plus particulièrement les notations logiques et mathématiques en sont des exemples familiers. La spécificité de l’écriture en tant qu’idéographie tient à la structure et pas seulement à la permanence de son signifiant. Structure que lui confère le fait de se déployer dans les deux dimensions du plan.
Ainsi, l’écriture n’est pas la simple traduction graphique de la parole, mais un langage différent qui répond de ce fait à d’autres exigences. Il paraît d’ailleurs évident que l’être humain n’écrirait pas s’il pouvait, d’une manière tout à fait équivalente, se servir de la parole dont l’apprentissage est plus rapide et, semble-t-il, plus naturel.


[Partie 2]
Qu’apporte donc l’écriture, d’une façon générale, en tant que moyen de communication ?
Il y a un proverbe chinois qui dit que la mémoire la plus forte est plus faible que l’encre la plus pâle. L’écriture a été et est encore un puissant instrument de transmission et de conservation de l’information. C’est la permanence de son support matériel qui la rend apte à remplir particulièrement efficacement cette fonction de communication.
Dans sa fonction de communication, l’écriture se distingue fondamentalement de la parole en ce qu’elle n’exige pas la présence d’un autre interlocuteur que soi-même. Parler tout seul est souvent signe de folie ou de sénilité, mais l’écriture est un geste solitaire. On s’isole pour écrire, mais écrire est aussi une façon de rompre cet isolement, même si le texte produit n’est pas destiné à être lu. La Lettre à un père  de Kafka est une longue lettre dans laquelle l’auteur tente de montrer à son père comment dès l’enfance son attitude avait contribué à créer chez son fils un insupportable sentiment d’insécurité. Cette lettre n’a jamais été envoyée à son destinataire et probablement que Kafka n’avait jamais eu l’intention de la lui faire parvenir. Écrire cette lettre était essentiel, mais non la transmettre. Un discours solitaire, silencieux ou à haute voix, aurait-il pu avoir le même effet ? C’est douteux. Car l’écrit reste longtemps sous la dépendance de son auteur, et c’est le travail du texte que cette dépendance permet qui confère au texte sa portée et son efficacité en tant que moyen d'élaboration de la pensée.
Cependant, un texte, comme une parole, est fait, en principe, pour être reçu. Mais là encore l’écriture diffère de façon significative du langage oral. « Dès que je parle, j’ai l’angoissante certitude que les mots m’échappent et qu’ils vont prendre là-bas, hors de moi, des aspects insoupçonnables, des significations imprévues » écrit Sartre dans son essai Aller et retour. Dès que prononcée, la parole s’envole. Et peut-être n’avons nous pas employé le mot juste. Et peut-être cette phrase était-elle de trop. Mais il est trop tard. Notre parole est déjà en la possession d’autrui, et déjà celui-ci commence à l’oublier, à la déformer, car elle n’existe plus que dans son souvenir. On pourrait objecter à cela cependant que les textes aussi, tôt ou tard, échappent à leur auteur. Le texte écrit, un fois livré à son lecteur fait l’objet de gloses, de commentaires, d’exégèses sans fin. La « Parole de Dieu » elle-même, en se faisant « Écritures saintes », n’échappe pas à ce sort pas toujours enviable. Cependant, le texte demeure, au-delà des interprétations, pour les démentir au besoin.
Cette rémanence du support matériel de l’écriture offre une stabilité qui incite à plus de maîtrise : la pierre, le papyrus, le parchemin, le papier, dépositaires de la graphie, matérialisent les mots. Le récit oral devient ainsi Histoire. Par l’histoire, nous pouvons conserver et transmettre de génération en génération les acquis de notre culture. Cependant, si l’écriture n’avait sur la parole que l’avantage de la pérennité, d’ailleurs toute relative, de son support, on comprendrait mal sa nécessité. Après tout, les griots africains en transmettant oralement l’histoire et les histoires de leur peuple ont assuré aussi adéquatement que des livres la transmission de leur civilisation.
Aussi adéquatement, mais peut être pas aussi efficacement. C’est la commodité de l’écriture et son accessibilité, deux propriétés qui ne sont pas intrinsèques à l’écrit mais qui lui ont été conférées par le développement de techniques de production et de reproduction appropriées, qui en ont développé l’usage au point de la rendre indispensable. Ainsi, de nos jours, l’écriture fait partie intégrante de notre environnement quotidien (ne pas savoir écrire et lire, c’est-à-dire décoder un message écrit, est un sérieux handicap) et de toute notre organisation sociale.


[Partie 3]
Cette omniprésence de l’écriture n’en fait pas seulement un instrument efficace de communication et de conservation de l’information, mais aussi du même coup un puissant instrument de régulation de la société et de contrôle de l’individu.
À partir du moment où l’usage de l’écriture s’est généralisé, la société s’est appuyée sur l’écriture pour conférer aux décisions un caractère officiel que la parole donnée ne suffisait plus à garantir. Dans nos sociétés, une loi ne devient impérative que lorsqu’elle est sanctionnée par un texte. Et que deviendrait l’assurance du fonctionnaire s’il ne sentait derrière lui cette force incontestable du règlement écrit? De la civilisation de l’écriture à la civilisation de la paperasserie, il n’y a qu’un pas. L’angoisse de l’individu face au refus de la parole et au mur des dossiers a été très bien exprimée par exemple dans Le Procès de Kafka. L’écriture peut même devenir pour la société un moyen de contrôler les agissements de ses membres (fiches de police, casiers judiciaires, cartes d’identité...). C’est pourquoi les régimes totalitaires s’accompagnent souvent d’une administration fortement bureaucratisée avec tout ce qu’elle comporte d’écritures (inutiles ?).
L’écriture totalitaire fige la pensée, momifie la créativité, adresse une fin de non recevoir à toute mise en question. N’est-ce pas la raison pour laquelle Socrate accusait l’écriture de rester lettre morte et lui préférait le dialogue, véritable accoucheur des âmes? « L’écriture », dit Socrate dans le Phèdre, « a de graves inconvénients, tout comme la peinture. Les produits de la peinture semblent vivants, mais posez leur une question, ils gardent gravement le silence. Il en est de même des discours écrits. »


[Partie 4]
Pourtant, l’écriture n’est-elle pas aussi un remarquable instrument de découverte? Sans doute les êtres humains se sont posé des questions et ont tenté d’y répondre avant d’avoir inventé l’écriture. L’écriture cependant facilite l’élaboration de la pensée et permet une continuité dans la recherche. C’est la structure du texte écrit qui est ici un facteur essentiel. Les mathématiques en sont un exemple. Le langage mathématique est un langage purement écrit, intraduisible de façon simple et directe dans les mots du langage ordinaire, et qui s’appuie de façon indispensable sur une notation graphique qui lui est propre. Il est remarquable à cet égard qu’en arithmétique, par exemple, l’invention du symbole zéro et de la convention de matérialiser les multiples de la base par la position spatiale du chiffre sur la feuille aient seuls permis la maîtrise des opérations de multiplication et de division (avant cela, même la soustraction représentait un effort intellectuel quasi insurmontable !). La supériorité de l’écriture sur la parole vient ici du fait que la structure matérielle de son signifiant reflète adéquatement la structure conceptuelle de son signifié et que des manipulations de cette structure matérielle constituent directement des manipulations de ce que cette structure représente. Ainsi, loin d’entraver la créativité, l’écriture disciplinée est l’instrument d’élaboration de la pensée par excellence.
Cependant, ce n’est ni dans les sciences, ni même en philosophie, que la fonction créatrice de l’écriture se développe de façon privilégiée, mais plutôt quand l’écriture n’a d’autre finalité qu’elle-même, c’est-à-dire l’acte d’écrire et son produit : le texte. Pourquoi écrit-on alors, sinon pour écrire ? Si beaucoup de poèmes sont faits pour être lus à haute voix, l’écriture triomphe quand elle se tourne vers ses antécédents, la graphie, et cherche à atteindre la forme pure de son signifiant qu’est l’image. C’est par exemple le cas des Calligrammes d’Apollinaire.


[Conclusion]
Moyen de communication pratique et puissant, fondement de notre organisation sociale, moteur du développement des connaissances, l’écriture est aussi un mode spécifique de la création esthétique. Pour toutes ces raisons, nous écrivons.
Rudyard Kipling, dans Histoires comme ça  fait dire à deux de ses héros qui viennent de découvrir l’écriture: « Je crois que nous venons de découvrir le Grand Secret ».

Date de création : 14/02/2010 @ 17:24
Dernière modification : 14/02/2010 @ 17:26
Catégorie : Dissertations
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