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Corps et individu.

DM N°1 : Corps et individu. Octobre 2004.

Autrefois, pour établir une carte d’identité, on nous demandait d’imprimer sur le document nos empreintes digitales. Aujourd’hui les tests ADN sont utilisés dans les enquêtes pour identifier de manière certaine un coupable et on parle d’un passeport à puce qui contiendrait nos caractéristiques physiques. Ces exemples semblent montrer que par de simples caractéristiques physiques, on peut identifier un individu et le distinguer à coup sûr de tous les autres. Constatation qui recoupe notre expérience commune : c’est bien par la perception de leur aspect physique que nous reconnaissons les personnes de notre entourage. La somme des caractéristiques particulières d’un corps suffit-elle alors à constituer son individualité ? Si on peut s’en contenter dans la vie courante ou d’un point de vue administratif, ne faut-il pas conceptuellement aller plus loin ?

 

En effet, les marques de la particularité individuelle sont multiples et juxtaposées : empreinte, allure… Nous mettons un seuil suffisant à ces marques suivant le besoin que nous avons d’identifier : la police n’a besoin que de nous distinguer de tout autre pour ne pas commettre d’erreur judiciaire, elle n’a pas besoin de connaître tout ce qui constitue notre individualité. J’ai besoin de distinguer mes connaissances pour ne pas confondre Pierre et Paul, sans avoir besoin de les connaître dans toute leur individualité. Le seuil que nous fixons est donc purement empirique, il dépend de notre besoin d’identification du moment. Certaines caractéristiques du corps peuvent donc bien suffire à remplir ces buts. Mais ce seuil n’a rien de conceptuel, il est de fait, non de droit, sanctionné par la pratique et non légitimé par sa nécessité propre. Il nous faut donc approfondir les rapports du corps et de l’individu. La somme des caractéristiques corporelles suffit-elle à définir l’individualité d’un être ? Peut-on de ce qui semble une collection énumérative (yeux bleus, taille, poids…) passer à une unité ? Peut-on de ce qui semble une juxtaposition de prédicats universels (grand, gros…) passer à une singularité substantielle ? Peut-on de ce qui est sujet au changement (nous ne sommes plus depuis longtemps notre corps de bébé) passer à une identité qui perdure dans le temps ? De fait, indivisibilité, unité, singularité, identité à soi, caractérisent l’individu dans son intériorité et dans ses rapports aux autres individus. Peut-on de la simple considération du corps physique déduire analytiquement ces caractéristiques et penser que la corporéité constitue l’individualité ?

 

On aimerait le faire car le corps est ce qui nous est accessible et selon un principe d’économie des hypothèses, on souhaiterait éviter d’avoir recours à l’hypothèse d’une âme comme support de l’individualité. Est-ce possible ? N’est-ce pas courir le risque de voir la notion même d’individualité se dissoudre dans celle de corporéité, avec toutes les conséquences qu’on imagine aisément sur la conception de notre propre individualité ? Mais avoir recours à une notion extra-corporelle pour penser l’individualité, n’est-ce pas faire de la métaphysique gratuite ? Ne faut-il pas alors supposer que le corps est plus que matériel pour fonder l’individualité sur l’expérience vécue de ce corps, en posant le problème du sujet d’une telle expérience ? Il nous faut donc apprendre à saisir la notion d’individu de façon dynamique : l’individu n’est pas donné, il est peut-être se faisant dans son expérience, expérience qui ne peut être que l’expérience de son propre corps.

 

I- La matérialité du corps peut-elle suffire à rendre raison de l’individualité ? La matière est l’extériorité, elle est ce qui est perçu de l’extérieur. Et il semble bien que l’on reconnaisse un individu d’abord à partir de son apparence extérieure. Mais la visibilité de la matière est peut être le simple support de l’individualité tout en étant impuissante à la constituer.

 

1°/ En effet, la matière est ce qui est divisible à l’infini tandis que l’individu est un être indivisible. Un corps purement matériel n’a donc rien d’individuel. C’est ce qui apparaît nettement dans l’analyse cartésienne du corps. Descartes voit dans le corps une simple substance étendue, il fait du corps un simple découpage dans l’étendue, une figure mathématique. Dans la seconde partie de ses Principes de la Philosophie, il propose d’ôter à une pierre tous ses attributs pour voir ce qui la constitue comme corps : « Otons-en donc premièrement la dureté parce que si on réduisait cette pierre en poudre, elle ne laisserait pas pour autant d’être un corps. », car elle occuperait toujours un espace. Pour être corps, point donc besoin d’une cohérence, d’une consistance interne. Pour Descartes, tout objet qui occupe une portion d’étendue est un corps. A qui lui objecte qu’il réduit les objets physiques à de pures abstractions mathématiques, Descartes répond « On joint ici ma physique avec les pures mathématiques auxquelles je souhaite surtout qu’elle ressemble. » (in, Lettre sur les instances, suite aux cinquième réponses à Gassendi). Et l’étendue est divisible à l’infini car le point mathématique n’est pas un atome physique. Dans les Cinquièmes Réponses, Descartes s’oppose à l’atomisme de Gassendi : « Les figures géométriques ne sont pas considérées comme des substances mais seulement comme des termes sous lesquelles la substance est contenue. ». Le corps se réduit donc à l’étendue comprise sous une figure géométrique, il est donc divisible à l’infini sans que l’on ne parvienne jamais à des unités indivisibles, à des atomes. Le corps n’est donc pas un individu caractérisé par son indivisibilité. Et l’on peut se souvenir du poulet décapité dans le Traité de l’Homme dont la tête continue de mordre la terre après avoir été séparée du corps : la quantité de mouvement perdure après la séparation des organes. Un corps purement matériel n’a donc pas l’indivisibilité qui en ferait un réel individu. C’est pourquoi le corps est connaissable par la science, il n’est qu’un cas particulier, un lieu défini où s’appliquent les lois de la nature. Et Leibniz commente cette vision cartésienne du corps dans le §12 de son Discours de Métaphysique : « S’il n’y a point d’autre principe d’identité dans les corps que ce que nous venons de dire (étendue et la figure), jamais un corps ne subsistera plus d’un moment. ».

 

2°/ De fait, l’indivisibilité n’est que l’effet d’un principe d’unité qui tient ensemble les parties du corps. On ne peut séparer un morceau d’un autre car ils sont tous dans une interaction rassemblée par un principe interne d’unité. Un corps ne peut être une simple collection. Pour Leibniz, les êtres qui n’existent que par juxtaposition n’ont pas d’existence substantielle mais sont seulement des apparences. Si le corps n’a pas un principe d’unité « il sera donc de l’essence du corps d’être un phénomène, dépourvu de toute réalité comme le serait un songe réglé car les phénomènes mêmes comme l’arc-en-ciel ou comme un tas de pierres serait tout à fait imaginaires s’ils n’étaient composés d’être qui ont une véritable unité. ». L’unité ne peut être assurée par la matérialité et l’unité c’est l’identité à soi : dans un être qui constitue une réelle unité, chaque partie est homogène à toutes les autres par sa relation au tout, ainsi dans un organisme, chaque organe est relié aux autres par sa relation à tout l’organisme. Chaque organe est donc organe de cet organisme et ne peut en être scindé. C’est par ce principe d’unité qu’un organisme n’est pas une collection ou un simple emboîtement d’organes et que son identité se retrouve dans chacune de ses parties. L’unité est donc à la base de l’identité qui fait que chaque partie est partie d’un même être. Lorsque Diderot conçoit le corps comme un assemblage de molécules vivantes, ou lorsqu’il ne voit dans le passage de la vie à la mort comme seule différence que de vivre à un moment en masse et ensuite éparpillé en détail, il nie qu’une identité individuelle puisse être attribuée à un corps. Le corps n’est qu’un assemblage de molécules vivantes en interaction avec le milieu extérieur : ôtons quelques fibres ou rajoutons les et nous passons d’une masse de chair inerte au plus grand génie selon l’exemple donné dans Le Rêve de d’Alembert. Mais il ne s’agit plus du même homme, comme en masse je ne suis plus le même être qu’éparpillé. La matière seule ne comporte donc pas de principe d’unité par lequel on peut caractériser un individu.

 

3°/ L’unité est identité dans l’identification des parties par leur rapport au tout. Mais l’identité est aussi identité singulière pour ce qui est de l’individu, c’est-à-dire qu’elle contient un principe de différenciation d’avec tous les autres êtres. Au §9 de la Monadologie Leibniz écrit : « Il faut même que chaque monade soit différente de chaque autre. Car il n’y a jamais dans la nature, deux Etres qui soient parfaitement l’un comme l’autre et où il ne soit possible de trouver une différence interne ou fondée sur une dénomination intrinsèque. ». Les êtres ne diffèrent pas seulement par leur position dans l’espace, il faut prendre en compte un principe de différenciation interne qui constitue leur singularité. Dans ses Nouveaux Essais en réponse à Locke, Leibniz dans le chapitre 27 analyse Ce qu’est identité ou diversité : « Il faut toujours qu’outre la différence du temps et du lieu, il y ait un principe interne de distinction, et quoiqu’il y ait plusieurs choses de la même espèce, il est pourtant vrai qu’il n’y en a jamais de parfaitement semblables. ». Si les différences n’étaient que dans la position, il n’y aurait pas individus car on trouverait des êtres ayant les mêmes caractéristiques en des lieux différents. Ainsi, les atomes d’Epicure, bien qu’indivisibles, ne sont pas des individus puisqu’existe une infinité d’atomes semblables dans l’univers. « Le principe d’individuation revient dans les individus au principe de distinction dont je viens de parler. Si deux individus étaient parfaitement semblables et égaux et indistinguables par eux-mêmes, il n’y aurait point de principe d’individuation et même j’ose dire qu’il n’y aurait point de distinction individuelle ou de différents individus à cette condition. ». Et Leibniz d’évoquer un souvenir à l’appui du principe des indiscernables : « Je me souviens qu’une grande princesse (Sophie de Hanovre, amie et protectrice de Leibniz) qui est d’un esprit sublime, dit un jour en se promenant dans son jardin, qu’elle ne croyait pas qu’il y avait deux feuilles semblables. ». La matière est dans le corps ce qui peut le faire connaître, ce qui entre sous les lois générales de la mécanique. L’individu est cet être qui est singulier et ne peut se réduire à une quelconque universalité. Il convient donc de bien distinguer la particularité qui est un cas particulier d’un concept général (l’homme en général et cet homme) de la singularité qui ne se laisse pas subsumer sous la généralité (l’homme et Socrate). L’individu est singulier plus que particulier c’est pourquoi l’analyse de son corps particulier par des lois générales ne peut permettre de le saisir. L’individu est donc singulier et se distingue de tous les autres alors que la matière est ce par quoi un corps réagit comme tous les autres.

 

4°/ De plus, l’identité de l’individu suppose l’identité à soi dans le temps. C’est l’obstacle contre lequel buttait Aristote dans sa Métaphysique : si l’individu, la substance individuelle est constituée de l’assemblage de ses prédicats accidentels, l’individu est ineffable, sa définition est « précaire » et au mieux on peut remonter à l’espèce pour définir l’individu comme un cas particulier en laissant échapper sa singularité car dans l’accident, on se trouve face à une juxtaposition infinie de prédicats variables. Dans son Discours de Métaphysique Leibniz va revenir sur la distinction de la substance et de l’accident pour explique que dans l’être individuel, rien n’est accidentel. Tous les prédicats qu’il contient constituent son individu. C’est pourquoi la monade contient de toute éternité tout son passé et tout son avenir Au §8 Leibniz écrit : « La nature d’une substance individuelle ou d’un être complet est d’avoir une notion si accomplie qu’elle soit suffisante à comprendre et à faire en déduire tous les prédicats du sujet à qui cette notion est attribuée. » Tous les prédicats font partie de la substance individuelle. Il est de l’essence de César de franchir le Rubicon. « Aussi quand on considère bien la connexion des choses, on peut dire qu’il y a de tout temps dans l’âme d’Alexandre des restes de tout ce qui lui est arrivé et les marques de tout ce qui lui arrivera. ». C’est pourquoi l’individu reste le même, il ne fait que déployer ses prédicats dans le temps (et non plus seulement sa nature générique comme pour Aristote). On comprend donc comment derrière les changements du corps et de l’apparence, l’individu reste le même et conserve son identité. Le corps est dans un flux perpétuel mais tous ces accidents sont inscrit dans la monade dont il est le point de vue sur le monde.

 

La matérialité du corps ne peut se hausser à l’individualité puisque la matérialité est divisible, soumise au changement, elle s’oppose à la permanence de l’identité à soi et se laisse définir par la généralité du concept. Mais changer tout en restant soi-même, n’est-ce pas la définition de la vie ? Si le corps matériel ne peut accéder à l’individualité, le corps vivant ne peut-il pas y prétendre ?

 

II- De fait, la vie semble bien conférer une continuité dans l’identité d’un être. Parce qu’il y a continuité de la même vie, de bébé à aujourd’hui, je suis le même être, même si matériellement, je n’ai pas du tout la même apparence. Ma continuité dans le temps et l’espace est la forme concrète de mon individualité.

 

1°/ La vie assure la continuité qui constitue l’unité du corps, son identité à soi à travers le temps et donc son individualité. C’est la thèse que Locke développe dans son Essai concernant l’Entendement humain au Livre II chapitre 17 intitulé : Ce qu’est identité et diversité. « Les esprits finis ayant eu chacun un certain temps et un certain lieu qui a déterminé le commencement de leur existence, la relation à ce temps et à ce lieu déterminera toujours l’identité de chacun d’eux aussi longtemps qu’elle subsistera. ». C’est donc la continuité de l’existence dans le temps et le lieu qui assure l’identité individuelle : un être est le même car il est en continuité temporelle et spatiale avec lui-même et il ne peut de ce fait être confondu avec aucun autre. « Il est aisé de voir ce qui constitue un individu et qui le distingue de tout autre être.. Ce principe consiste dans l’existence même qui fixe chaque être, de quelque sorte qu’il soit à un temps particulier et à un lieu incommunicable à deux êtres de la même espèce. ». C’est la continuité de notre expérience d’être au monde qui constitue notre individualité. Les corps inertes ne sont pas d’emblée à exclure de cette forme d’individualité car ils ont eux aussi une persistance dans le temps et une solidité dans l’espace. Pour les êtres inertes, selon Locke, l’identité réside dans la masse et il suffit donc qu’un corps inerte perde un morceau de lui-même pour n’être plus le même corps. Mais il est bien plus évident de trouver l’identité dans les êtes vivants : « Quant aux créatures vivantes, leur identité ne dépend pas d’une masse composée de mêmes particules mais de quelque autre chose car en elles un changement de grandes parties de la matière ne donne point d’atteintes à l’identité… Un chêne qui de petite plante devient un grand arbre est toujours le même chêne, un poulain devenu cheval est durant tout ce temps-là le même cheval. ». Sur quoi se fonde cette identité qui perdure dans le temps ? Locke nous éclaire sur l’identité de la plante : « Ce qui constitue l’unité d’une plante, c’est d’avoir une telle organisation de parties dans un seul corps qui participe à une commune vie ; une plante continue d’être la même plante aussi longtemps qu’elle a part à la même vie. ».. La vie est un déploiement dans la continuité. Tant qu’il n’y a pas de rupture, d’interruption, en dépit des changements d’apparence, il s’agit toujours de la même plante. Et on peut passer aux animaux : « Le cas n’est pas si différent dans les brutes que chacun en puisse conclure de là que leur identité consiste dans ce qui constitue un animal et le fait continuer d’être le même. ». L’organisation d’ensemble continue de fonctionner. Des bêtes, on peut passer à l’homme : « Cela montre encore en quoi consiste l’identité du même homme, savoir en cela seul qu’il jouit de la même vie, constituée par des particules de matière qui sont dans un flux perpétuel mais qui dans cette succession sont vitalement unies au même corps organisé. » L’individualité est donc la capacité à perdurer comme structure unifiée dans le temps.

 

2°/ Le corps par son existence serait donc ce qui produit une forme d’individualité si l’individualité naît de la vie du corps. Tout corps capable de protéger sa structure, d’assurer la continuité de son existence dans ses rapports aux autres corps serait donc un individu. On peut ainsi expliquer que les êtres inertes sont moins individus que les êtres vivants car leurs rapports aux autres corps les affectent sans qu’ils puissent se préserver. Le corps caractérisé par son conatus ou « désir de persévérer dans son être » produit donc par la force de ce désir son individualité. Dans le début du livre II de son Ethique, Spinoza expose un petit traité de physique pour expliquer la constitution des corps. Le corps, c’est l’individu conçu sur le mode de l’étendue nous dit la Définition I du Livre II « Par corps, j’entends un mode qui exprime d’une façon définie et déterminée, l’essence de Dieu en tant qu’elle est considérée comme chose étendue. ». Du coup, il ne faut surtout pas commettre l’erreur de séparer corps et esprit. « L’esprit et le corps c’est un seul et même individu que l’on conçoit tantôt sous l’attribut de la pensée, tantôt sous celui de l’étendue. » II 21. Ce n’est donc pas l’esprit qui peut constituer l’individualité du corps puisqu’il n’est qu’une autre façon de dire le corps (selon le mode de la pensée). Le corps est donc une façon de concevoir l’individu (selon le mode de l’étendue). L’individu peut être un corps simple ou un corps composé. Au livre II de l’Ethique, la théorie des corps part des corps simples. Ce ne sont pas des atomes mais des corps qui se distinguent entre eux seulement par le mouvement. Ils ont un minimum de propriétés distinctives. Ils sont simplement des modes de l’étendue, ont un certain mouvement. L’individu est formé par une union de corps simples qui sont liés entre eux selon une règle de composition qui a des effets sur leur comportement. « Quand quelques corps de la même grandeur ou de grandeur différente subissent de la part des autres corps une pression qui les maintient appliqués les uns sur les autres ou, s’ils se meuvent avec le même degré ou des degrés différents de vitesse, les fait se communiquer les uns aux autres leur mouvement suivant un certain rapport, nous disons que ces corps sont unis entre eux et que tous composent ensemble un même corps, c’est-à-dire un individu qui se distingue des autres par le moyen de cette union des corps. » (Définition de l’axiome II Livre II) Si l’individu est constitué par des corps en repos, ils s’appuient les uns sur les autres de façon stable du fait d’une pression extérieure. Si l’individu est en mouvement, ce sont des corps qui se communiquent la même proportion de mouvement. Ce qui définit l’individu c’est avant tout sa puissance, c’est-à-dire l’unité des effets qu’il produit. « Chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être. » L’individu est aussi défini par son conatus : sa force interne. Dans la Définition VII du livre II Spinoza montre qu’un corps s’unifie autour de son conatus : « Par choses singulières, j’entends les choses qui sont finies et qui ont une existence déterminée, si plusieurs individus concourent à une seule action, étant ainsi tous à la fois cause d’un seul effet, le les considère tous, du moins sous ce rapport, comme une seule chose singulière. » C’est l’unité de l’action et des effets qui ait l’unité du corps et donc son individualité. Un individu peut ainsi changer sans être détruit car ses parties s’articulent les unes sur les autres. Dans le Lemme IV Spinoza écrit : « Si d’un corps, c’est-à-dire d’un individu composé de plusieurs corps, on suppose que certains corps se séparent et qu’en même temps d’autres en nombre égal et de même nature occupent leur place, l’individu retiendra sa nature telle qu’auparavant sans aucun changement dans sa forme. ». C’est un renouvellement de parties. Autre cas : si toutes les parties grandissent en même temps. Autre cas encore : la direction du mouvement des parties peut changer si les rapports se conservent, par exemple dans la circulation du sang dans un organisme. Enfin, le mouvement du corps dans son entier, si toutes les parties bougent en même temps. L’individu est donc un ensemble de corps qui se maintient dans la durée. « Et si nous continuons encore ainsi à l’infini, nous concevrons facilement que la nature toute entière est un seul individu, dont les parties, c’est-à-dire tous les corps varient d’une infinité de manière sans changement de l’individu total. ».

 

Le corps humain est simplement un individu composé de corps complexes ce qui explique qu’il peut être affecté d’une grande diversité de façons. Postulat I livre II « Le corps humain est composé d’un très grand nombre d’individus (de nature différente) dont chacun est très composé. ». Le corps conquiert donc son individualité par sa puissance propre qu’il déploie dans ses rapports avec les autres corps.

 

Mais il s’agit d’une individualité immédiate, naturelle que la vie donne aux corps. Cette individualité est plutôt une particularité qu’une singularité, par elle, le corps se distingue certes des autres mais il n’intègre pas la conscience de cette distinction en lui. Au §26 de la Monadologie Leibniz réfléchit sur la mémoire qui constitue une continuité naturelle dans l’existence : « La mémoire fournit une espèce de consécution aux âmes, qui imite la raison mais doit en être distinguée. ». Puis au §28 : « Les hommes agissent comme les bêtes en tant que les consécutions de leurs perceptions ne se font que par le principe de la mémoire… et nous ne sommes qu’empiriques dans les trois quarts de nos actions. ». L’individualité qui n’est due qu’à la force de l’existence n’est qu’une habitude. Elle est propre aux hommes comme à tous les vivants. Ne peut-on pas concevoir une individualité plus haute, qui intègre en elle la différenciation d’avec l’autre, une individualité qui soit une réelle singularité et qui entraîne le corps dans son activité ?

 

III- L’individualité immédiate du corps comme force est dépassée en une individualité consciente de soi si les états sensoriels sont accompagnés de conscience et si cette conscience parvient à la conscience de soi. C’est ce qui distingue l’animal qui sent ses sensations de l’homme qui sait qu’il est lui-même à travers la diversité des sensations qu’il ressent.

 

1°/ Ce serait donc l’unité de la conscience qui pourrait conférer la singularité consciente au corps. Mais cette unité de la conscience vient-elle du corps, qui serait dans ce cas capable de conquérir son individualité suivant son degré de complexité, ou bien faut-il distinguer la conscience des états corporels qu’elle unifie ? Dans son Essai Locke nous propose une solution : « Puisque la conscience accompagne toujours la pensée, et que c’est là ce qui fait que chacun est ce qu’il nomme soi-même, et par où il se distingue de toute autre chose pensante, c’est aussi en cela seul que consiste l’identité personnelle ou ce qui fait qu’un être raisonnable est toujours le même. ». L’identité personnelle tient donc au fait que je rattache à un même moi mes expériences passées et mes expériences présentes. L’identité repose sur la mémoire et le degré d’attention que l’on a : « l’identité personnelle ne s’étendant pas plus loin que le sentiment intérieur qu’on a de sa propre existence. » Puis un peu plus loin « Quiconque a une conscience, un sentiment intérieur de quelque action présente et passée, est la même personne à qui ces actions appartiennent. ». L’identité personnelle ne consiste pas dans l’identité d’une substance qui perdure dans le temps mais dans l’identité de conscience à travers la mémoire. S’il y a différentes consciences, ce n’est plus le même homme : Locke observe qu’on ne punit pas un fou qui est « hors de lui-même. ». L’identité personnelle inclut donc le corps, puisque mes expériences sont celles que je vis à travers mon corps.

 

« Si l’on suppose qu’un esprit raisonnable, vitalement uni à un corps dans une certaine configuration de parties constitue un homme, l’homme sera le même tant que cet esprit raisonnable restera uni à cette configuration vitale de parties, quoique continuée dans un corps dont les particules se succèdent les unes aux autres dans un flux perpétuel. ». Les changements du corps ne sont donc pas un obstacle à l’individualité. Mais comment la conscience reste-t-elle la même puisqu’elle est toujours conscience de l’expérience d’un corps changeant ? C’est l’objection que Leibniz adresse à Locke. Il en va de l’identité individuelle selon Locke comme du fleuve qui change d’eau ou du bateau de Thésée que les Athéniens réparaient avant chaque voyage à Délos : ils. « ne demeurent les mêmes qu’en apparence et non en parlant avec rigueur. ». De fait, il s’agit plus de continuité que d’identité. Et pour Leibniz il faut penser l’esprit comme une substance pour assurer son individualité : « L’identité d’une même substance individuelle ne peut être maintenue que par la conservation de la même âme car le corps est dans un flux continuel. ». Si l’individualité vraie suppose conscience de soi, tout le problème est d’interpréter le fondement de cette conscience de soi : simple conséquence de la continuité de l’existence du corps ou présence d’une substance incorporelle ? La psychologie rationnelle fait partie de ces idées que la raison ne peut que penser et non connaître dira Kant.

 

2°/ Faut-il alors accepter que l’individualité soit un postulat non démontrable ? De fait, l’individualité n’est-elle pas le support de la personnalité objet du respect moral ? Affirmer l’individualité du corps est un choix moral qui nous engage au respect envers cette existence et non un prédicat qu’on pourrait déduire de la constatation objective de l’existence des corps. C’est la différence que fait bien apparaître Lévinas. Quand je regarde un corps, je ne vois qu’un objet nous dit-il dans Totalité et Infini « lorsque vous voyez un nez, des yeux, un front, un menton et que vous pouvez les décrire, vous vous tournez vers autrui comme vers un objet » Il en va de même si je décris le comportement de ce corps : « L’action n’exprime pas. Elle a un sens mais nous mène vers l’agent en son absence. Aborder quelqu’un à partir de œuvres, c’est entrer dans on intériorité comme par effraction. L’autre est surpris dans son intimité où il s’expose certes mais ne s’exprime pas, comme les personnages de l’histoire. Les œuvres signifient leur auteur, mais indirectement, à la troisième personne » ». Jamais je ne saisis l’individualité à partir du corps. « la meilleure manière de rencontrer autrui, c’est de ne même pas remarquer la couleur de ses yeux » L’individualité de l’autre m’est donnée par un choix éthique que je fais de le considérer comme une personne, c’est-à-dire comme un sujet digne de respect. Son visage m’interpelle dans ce sens. Il est « une exposition sans défense à l’esseulement mystérieux de la mort et, en entendant, avant toute expression verbale, du fond de cette faiblesse, une voix qui commande, un ordre à moi signifié de ne pas rester indifférent à cette mort, de ne pas laisser autrui mourir seul ». L’autre m’interpelle éthiquement. Je choisis de le considérer comme individu par un choix éthique qui n’a d’autre justification que ma volonté.

 

3°/ Certes, la personne morale a tous les réquisits de l’individualité, sauf qu’elle n’est pas vécue en première personne, qu’elle ne dit « Je » que par procuration. Il est donc plus aisé de la scinder de son corps pour en faire un postulat éthique et ne la faire reposer que sur son visage. Mais ma personne, elle repose sur un corps tout entier dont le visage, pour expressif qu’il soit, n’est tout de même pas un organe vital. Mon individuation n’est pas scindable de mon corps car c’est par mon corps que je vis mes expériences et c’est avec mon corps que je les vis. L’individuation est individuation de mon corps et par le corps. Au §327 de La Philosophie de l’Esprit (Encyclopédie III) Hegel montre qu’entre l’esprit et le corps le rapport est celui de l’intériorité et de l’extériorité : « L’âme est, dans sa corporéité de part en part formée, en tant que sujet singulier, et cette corporéité est l’extériorité en tant que prédicat de ce sujet qui en elle, ne se rapporte qu’à lui-même. Cette extériorité ainsi, ne se représente pas elle-même, mais l’âme et elle est le signe de celle-ci. ». Le corps est la corporéité de l’âme qui la signifie dans l’extériorité. Le corps est signe et en tant que tel il est individu à part entière. Hegel analyse la formation de l’habitude par laquelle le corps se structure en s’arrachant à la nature pour se former dans une culture. L’habitude est corporelle et spirituelle. Nos corps sont les habitudes par lesquelles nous sommes des individus. Au §410 Hegel écrit « La forme de l’habitude embrasse toutes les sorte et tous les degrés de l’activité de l’esprit ; la détermination la plus extérieure, la détermination spatiale de l’individu, qu’il se tient debout, sa volonté en a fait une habitude… ». La pensée aussi suppose une habitude qui se traduit par des attitudes corporelles (pensez à la superbe statue du penseur de Rodin). « C’est seulement grâce à une habitude que moi, j’existe pour moi, en tant qu’être pensant. Même cette immédiateté de l’être-chez-soi pensant contient de la corporéité (le manque d’habitude et la longue prolongation du penser font mal à la tête), l’habitude diminue cette sensation en faisant de la détermination naturelle une immédiateté de l’âme. ». L’esprit est donc bien le corps intériorisé de même que le corps est l’esprit extériorisé, dans une unité dynamique qui se constitue tout au long de l’expérience. « De même que les sensations extérieures se symbolisent, c’est-à-dire sont rapportées à l’intérieur spirituel, de même, les sensations intérieures s’extériorisent en se séparant d’avec soi, se traduisent corporellement de façon nécessaire. » explique Hegel dans l’additif au §401 C’est seulement par la traduction corporelle des déterminations intérieures que le sujet vient à les sentir et à réellement se les approprier ; car, pour être senties, il est nécessaire qu’elles soient aussi bien différenciées du sujet qu’identifiées et rapportées à lui ; mais ces deux mouvements ne se produisent que moyennant l’extériorisation séparant d’avec soi, moyennant la traduction corporelle des déterminations intérieures de l’être sentant. L’extériorisation par le corps est donc fondamentale dans la réappropriation de nos déterminations intérieures. Le corps n’est pas un simple miroir, un simple signe, il est ce par quoi une intériorisation consciente peut avoir lieu, ce par quoi nos déterminations psychologiques peuvent ne plus être vécues dans l’immédiateté mais être reprises de façon consciente et pensante. « Une telle traduction corporelle, extériorisant en séparant d’avec soi- de l’intérieur se montre dans le rire, mais plus encore dans les pleurs, dans les gémissements et les sanglots, d’une façon générale dans la voix, déjà avant que celle-ci soit articulée, avant qu’elle devienne un langage. ». La tristesse ou la joie deviennent ainsi des déterminations rapportées à notre individualité au lieu de rester simplement des états mentaux immédiats. L’intérieur a besoin de son extériorisation pour se ré intérioriser sous la forme supérieure de la pensée. On le voit à travers toute la gamme de l’expression des émotions « Du reste, il (le rire) parcourt de l’éclat de rire commun, expansif, sonore d’un homme vide ou grossier jusqu’au doux sourire de l’âme noble, une série de gradations variées, dans lesquelles il se libère de plus en plus de sa naturalité, jusqu’à ce qu’il devienne dans le sourire, un geste, donc quelque chose procédant de la volonté libre. C’est pourquoi les divers modes du rire expriment les degrés de culture des individus d’une manière très caractéristique. ». Le corps n’est donc plus simple matière, nature en nous, il est expression et medium de notre intériorité. Hegel analyse la démarche en ce qu’elle révèle la personnalité : « Avant toute chose, il faut façonner la démarche – il faut que l’âme trahisse en celle-ci sa maîtrise sur le corps. Pourtant, ce ne sont pas seulement la culture ou l’absence de culture mais aussi d’un côté, la négligence, l’affectation, la vanité, l’hypocrisie, et de l’autre côté, le fait d’avoir de l’ordre, de la modestie, l’intelligence la franchise qui s’expriment dans la manière caractéristique de marcher ; de telle sorte qu’on peut aisément différencier les hommes les uns des autres par la démarche. ». Ou il fait noter combien le caractère s’imprime sur l’expression : « la passion permanente de la colère se grave fixement dans le visage ; ainsi également un caractère dévot s’imprime peu à peu sur le visage et dans tout le maintien du corps d’une manière indélébile. ». Le corps est structuré par ses attitudes, il est pénétré de notre individualité. « Justement les hommes pour se connaître mutuellement commencent par se regarder les uns les autres dans les yeux. » puisque les yeux sont la partie la plus expressive du visage. Mon corps est donc bien mon individu. « Entre l’esprit et son corps propre, se rencontre naturellement une liaison encore plus intime que celle qui existe entre le reste du monde extérieur et l’esprit.… J’ai donc à m’affirmer dans cette harmonie immédiate de mon corps avec mon âme. Pour correspondre à ce concept qui est le sien, l’âme doit faire de cette identité avec son corps une identité posée par l’esprit ou médiatisée, prendre son corps en possession, le façonner… Le corps est le moyen terme par lequel je viens me joindre avec le monde extérieur en général. ». Cette jointure avec le monde est bien mon expérience individuelle qui constitue mon individu. Le corps en est le médium nécessaire. L’individu n’est donc pas une simple abstraction ni un postulat moral discutable. Il est ce que je fais de mon corps en me faisant au cours de mon expérience. C’est pourquoi à la fois l’individu a des droits contre la totalité politique, contre le corps politique. Dans ses Principes de la Philosophie du Droit Hegel montre en quoi la philosophie platonicienne méconnaît les droits de la particularité individuelle. Mais dans le même temps, notre expérience étant d’emblée une expérience culturelle (ce moi qui est un nous, ce nous qui est un moi, ainsi Hegel définit-il la culture dans sa Phénoménologie de l’Esprit), l’individu scindé du monde politique est une abstraction, une robinsonnade dira ironiquement Marx. Le corps n’est donc pas le support de l’individu, il est partie prenante de l’individuation.

 

A considérer le corps comme simple amas de matière statique, il nous semblait bien justement éloigné de l’individualité. Mais un tel corps n’est que le corps reconstruit pour la physique mathématisée d’inspiration cartésienne. Le corps réel est pris dans une expérience singulière qui ne se laisse pas dire comme un simple cas particulier d’une loi générale, expérience d’autant plus vaste que son degré de complexité est élevé. Et c’est par son expérience, c’est-à-dire par ses rapports avec les autres corps et ses rapports avec ses propres variations que le corps s’individualise. Rien d’étonnant à ce que la matière inerte ait une individualité sommaire qui se réduit à sa masse puisqu’un corps inerte connaît peu de changements internes (il ne croît pas, n’a pas d’organes différenciés) et peu de rapports aux autres corps (des simples échanges de quantité de mouvements). Avec l’animal, l’individualité s’affine car il a une plus grande variété d’expériences. Mais ce n’est qu’avec l’homme que, de naturelle et immédiate, l’individualité devient consciente et libre et décuplée par les échanges multiples qui sont la culture. Le corps est ainsi l’extériorité et la personnalité individuelle est l’intériorité à laquelle nous devons nous acheminer par notre expérience d’être au monde tout en harmonisant intériorité et extériorité pour constituer un individu total. Ce qui ne peut se faire que par la culture, la parfaite adéquation du corps aux multiples rapports de culture par lesquels se construit notre personnalité.

 

Loin d’être une invitation au dressage du corps par un conditionnement culturel, de telles considérations nous en éloignent au contraire. Il s’agit pour nous de nous approprier notre corps, de le libérer de son immédiateté naturelle qui est beaucoup plus aliénante que le monde de la culture, en le structurant comme expression de notre personnalité, c’est-à-dire de l’ensemble de nos rapports au monde et à nous-mêmes. Et de fait, plus que l’apparence dont nous ne décidons pas, le corps est un ensemble d’attitudes qui reflètent et souvent trahissent notre intériorité. Mais en apprenant à maîtriser la naturalité de notre corps, c’est aussi notre personnalité toute entière que nous structurons. Le souci du corps est donc bien un souci du soi et non une simple mode c’est pourquoi la soumission de ce souci de soi aux modes est la retombée de l’individualité dans une immédiateté non consciente. C’est cependant aussi le seul périlleux chemin pour conquérir une vraie individualité.


Glossaire

Descartes

Philosophe et mathématicien français né à La Haye, en Touraine, en 1596, Descartes a été formé au collège jésuite de La Flèche.

De l'enseignement qu'il y reçoit, seules l'algèbre et la géométrie trouvent grâce à ses yeux. Après des études de droit à Poitiers, il participe à la campagne de Hollande puis il voyage en Europe et entre en contact avec les milieux scientifiques et philosophiques de son époque.

Il est un partisan de la nouvelle physique mais renonce à publier ses propres travaux après la condamnation de Galilée. Dès 1628 Descartes s'installe en Hollande pour se consacrer à ses recherches scientifiques et philosophiques.

La reine Christine de Suède le fait venir à sa cour en 1649. Il meurt à Stockholm en 1650.


Date de création : 02/10/2008 @ 19:13
Dernière modification : 02/10/2008 @ 19:13
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