Ressemblance et analogie

Définitions

Ressemblance

Similitude entre des éléments présentant des aspects identiques, mais par ailleurs différents.

Il y a des degrés de ressemblance, d’un vague « air de famille » à la similitude au sens mathématique du terme. Mais ce qui se ressemble est aussi dissemblable, sinon, il y aurait identité.
Voir le repère Identité / Égalité/ Différence.

Hume fait de la ressemblance l’un des trois principes, avec la contiguïté et la causalité, qui sont à l’origine de la composition des idées à partir des idées simples fournies par la sensation.

Analogie

Au sens large, non technique, une analogie est une vague ressemblance.

Au sens strict, c’est l’égalité du rapport qui unit deux à deux les termes de plusieurs couples.
Exemple : A / C = B / D
Le mot vient du grec analogos « qui est en rapport avec », « proportionnel ». Les mathématiciens l’utilisaient pour désigner la proportion arithmétique.

Par extension (on pourrait même dire « par analogie » !), il a été utilisé pour désigner l’identité des rapports entre d’autres termes.
Exemple (Platon) : Images / Objets réels = Opinion / Science
« J’entends par rapport d’analogie tous les cas où le second terme est au premier comme le quatrième au troisième. » Aristote

Pour qu’on puisse parler d’analogie au sens propre du terme, il faut au moins quatre éléments, sinon, il ne peut s’agir que de ressemblance.

Raisonnement par analogie

Au sens mathématique, le raisonnement par analogie permet de calculer la « quatrième proportionnelle » d’un rapport dont on connaît déjà trois des termes.
Exemple : si 2 / 4 = x / 28 alors x = 14.

Par extension, un raisonnement par analogie consiste à conclure, à partir de la connaissance de la relation qui unit deux termes, une propriété de la relation qui unit deux autres termes se trouvant dans un rapport semblable.
Exemple : Peuple / Souverain = Troupeau / Berger. Le Souverain serait à son peuple ce que le berger est à son troupeau. Donc le Souverain aurait le droit de vie ou de mort sur ses sujets comme le berger a le droit de vie ou de mort sur ses bêtes. (Analogie critiquée par Rousseau, Du Contrat social, L. I, Ch. II)

Au sens large, un raisonnement par analogie est tout raisonnement qui tire des conclusions en s’appuyant sur des ressemblances entre les objets considérés.

Analogon

Au sens strict, élément d’une analogie. Par extension, substitut.

Allégorie

Récit imagé construit de façon à représenter des idées abstraites en leur faisant correspondre systématiquement, termes à termes, des éléments d’un domaine concret selon des relations analogiques (au sens étroit ou au sens large).
Dans une allégorie, rien n’est gratuit. Tous les éléments du récit concret renvoient à une signification abstraite et demandent à être interprétés.

Dictionnaires de référence

André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie. P.U.F.
Sylvain Auroux et Yvonne Weil, Nouveau vocabulaire des études philosophiques. Hachette.

Discussion

Pour Aristote, la métaphore, art de « voir comme », de saisir les ressemblances cachées, est un extraordinaire instrument de découverte. Or, « bien métaphoriser », dit-il, « c’est bien apercevoir le semblable ».

Reconnaître la ressemblance, et établir ainsi un lien entre des éléments distincts, est d’une grande utilité pratique. Comme le fait remarquer Nietzsche, savoir reconnaître le semblable est une étape indispensable des processus d’abstraction et de généralisation sans lesquels il serait impossible d’acquérir de l’expérience et de construire la connaissance ou, tout simplement, de survivre.

Mais les ressemblances sont souvent confuses et trompeuses. Il ne faut pas abuser des métaphores si l’on cherche le vrai et non le simple vraisemblable (ex. en science ou en philosophie).

Une analogie au sens strict est un type de ressemblance. Il n’y a pas d’analogie sans ressemblance, mais toutes les ressemblances ne sont pas des analogies. Les ressemblances métaphoriques sont souvent floues et équivoques. Les rapports analogiques sont précis et plus rigoureux. Ainsi, dit Kant, la connaissance par analogie « ne signifie pas, comme on l’entend ordinairement, une ressemblance imparfaite entre deux choses, mais une ressemblance parfaite de deux rapports entre des choses tout à fait dissemblables. » (Prolégomènes à toute métaphysique future qui voudrait se présenter comme science, #58).

Comme l’exemple, l’analogie est un procédé d’argumentation. Mais une analogie est plus qu’un simple exemple. L’analogie est souvent utilisée pour faire comprendre des idées abstraites en les mettant en relation avec un domaine concret présentant des rapports semblables entre ses éléments. C’est un procédé d’argumentation très souple et très riche. Cependant, les domaines mis en relation par l’analogie n’étant pas identiques sous tous les rapports, le raisonnement par analogie n’est jamais totalement satisfaisant. Il faut donc en user avec précaution : on peut (presque) tout faire dire à une analogie.

Ainsi, le recours à l’analogie est plus un procédé rhétorique qu’une démarche rigoureuse.

Exemples

Descartes s’appuie sur un raisonnement par analogie pour affirmer qu’il existe au monde d’autres êtres conscients que lui-même. Le raisonnement est le suivant :

Je suis certain de ma propre existence comme être pensant. (Cogito)
Or, j’exprime mes pensées par mes paroles et j’observe que les autres hommes parlent comme moi.
Donc, de même que mes paroles expriment mes pensées, de même je peux raisonnablement croire que leur paroles expriment aussi leur pensées.
C’est donc l’existence d’un comportement signifiant (le langage) qui permet à Descartes d’affirmer par analogie l’existence d’autrui comme être pensant et de sortir de la solitude du cogito. « Il ne s’est toutefois jamais trouvé aucune bête si parfaite, qu’elle ait usé de quelque signe, pour faire entendre à d’autres animaux quelque chose qui n’eût point de rapport à ses passions; et il n’y a point d’homme si imparfait, qu’il n’en use; en sorte que ceux qui sont sourds et muets, inventent des signes particuliers, par lesquels ils expriment leurs pensées. Ce qui me semble un très fort argument pour prouver que ce qui fait que les bêtes ne parlent point comme nous, est qu’elles n’ont aucune pensée, et non point que les organes leur manquent. » Descartes, Lettre au Marquis de Newcastle

Machiavel, voulant montrer que  » quiconque voudrait fonder une république, réussirait infiniment mieux avec des montagnards encore peu civilisés qu’avec les habitants des villes corrompues », prend à l’appui de sa thèse un exemple historique et fait une analogie.
Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, L. I, ch. XI.

Identifiez l’analogie dans le texte en utilisant deux couleurs différentes. Les termes analogues doivent être de la même couleur. (Par exemple dans l’analogie  » le roi est à ses sujets ce qu’un père est à ses enfants « , père / roi d’une part et enfants / sujets d’autre part, seraient de la même couleur.)
Écrivez l’analogie que fait Machiavel sous forme de rapport (A/B=C/D).

Platon, parlant de l’éducation des gardiens, fait une analogie entre l’éducation et la teinture. Platon, La République, IV, 429d-430b
Relevez les termes que Platon utilise à la fois pour la teinture des laines et pour l’éducation des gardiens afin de mettre en évidence la ressemblance entre les deux procédés. Faites un tableau à deux colonnes, l’une pour la teinture des laines, l’autre pour l’éducation des gardiens, pour mettre en vis à vis les termes analogues des deux domaines :

Teinture des laines
Education des gardiens
La laine
Les gardiens
etc…

Il ne suffit pas d’être doué de raison pour être philosophe, pas plus qu’il ne suffit d’avoir des pieds pour être cordonnier! Il est urgent dit Hegel « de faire à nouveau de la philosophie une chose sérieuse ». La philosophie, n’en déplaise à Kant, doit s’apprendre comme la menuiserie ou la cordonnerie s’apprennent. Hegel, Phénoménologie de l’esprit, Préface.

Platon, (République VI), représente les différents degrés de réalité et les différents niveaux de connaissance qui y correspondent par un segment de droite divisé en deux parties inégales elles-mêmes divisées en deux autres segments inégaux. A chaque segment correspondent un type d’objets et le type de connaissance qui s’y rapporte. Cette représentation est connue sous le nom d’ « analogie de la ligne »:

L’analogie de la ligne est la clé de l’Allégorie de la caverne (République VII). Cette allégorie illustre les différents niveaux de la connaissance (allant de l’illusion à la vérité), ainsi que la démarche philosophique qui permet de s’élever de l’un à l’autre.

La caverne (comprenant les ombres, les prisonniers, les marionnettistes, les figurines, le muret, le chemin escarpé et le feu) représente le monde matériel et l’état initial d’ignorance des hommes « prisonniers » des apparences sensibles. Nous ne voyons que des reflets trompeurs (illusions) que nous prenons pour la réalité. C’est le règne de l’opinion dans lequel nous maintiennent les manipulateurs d’opinion (les montreurs de marionnettes).

Libéré par un éducateur qui le forcera à se détourner des apparences et à suivre le difficile chemin vers le monde extérieur et la lumière (le monde intelligible et la vérité), le philosophe en herbe sera d’abord surpris et perdu (ébloui). Quand il sera enfin capable de regarder la vérité en face, il devra revenir dans la caverne pour libérer et guider les autres prisonniers (il devient roi-philosophe).