Cause/Fin

Définitions

Cause La cause est, d’une façon générale, ce qui répond à la question pourquoi?Cette question est cependant ambiguë: elle peut avoir plusieurs sens, et donc peut recevoir plusieurs types de réponse.

La classification la plus célèbre en fonction de ces types de réponse est celle d’Aristote qui distingue la cause efficiente, la cause matérielle, la cause formelle et la cause finale.

Prenons l’exemple d’une statue en marbre :

  • Sa cause efficiente est le sculpteur (ce qui produit la chose)
  • Sa cause matérielle est le marbre (ce dont la chose est faite)
  • Sa cause formelle est ce qu’elle représente (la définition de la chose)
  • Sa cause finale est le but pur lequel elle a été sculptée (sa destination)

La mécanique moderne, avec Galilée, ramène la causalité à un certain rapport entre deux phénomènes de même type dont l’un, la cause, produit l’autre, l’effet. La cause au sens propre du terme se réduit alors à la cause efficiente d’Aristote. Descartes identifie cette cause efficiente à la raison d’être de l’effet, c’est-à-dire à ce qui le rend intelligible. Mais cela ne nous dit pas en quoi consiste exactement la relation causale entre les phénomènes. Comment s’effectue cette relation?

Principe de causalité C’est le principe selon lequel 1) tout phénomène déterminé a une cause déterminée et 2) à une même cause correspond nécessairement un même effet.

Autrement dit, tout phénomène déterminé a une cause déterminée;
Fin
  1. Le terme, la limite (opposé au commencement)
  2. Le but, l’objectif (opposé au moyen), comme dans l’expression machiavelienne « la fin justifie les moyens ».

La fin d’une action est le but visé par son auteur. Par analogie avec cette intention de l’agent, la fin de quelque chose serait le but de son existence, ce en vue de quoi elle aurait été créée ou ce vers quoi elle tendrait en vertu de sa nature.

Fin dernière Cette notion reflète bien l’ambiguïté du mot « fin »: elle désigne à la fois le terme absolu et le but ultime. Ex.: le Souverain Bien serait la fin dernière, à la fois but suprême et terme de la quête.
Principe de finalité « La nature ne fait rien en vain. » Cette célèbre formule d’Aristote exprime cette idée que tout être à une fin, un but. Rien dans la nature ne serait gratuit, manqué ou superflu. C’est d’ailleurs cette logique qui fait dire à Aristote que c’est parce que l’homme est intelligent qu’il a des mains: chez tout autre animal privé de raison cet organe serait inutile.

Dictionnaires de référence

  • André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie. P.U.F.
  • Sylvain Auroux et Yvonne Weil, Nouveau vocabulaire des études philosophiques. Hachette.

 

Discussion

Lois descriptives ou lois causales?

La physique classique permet de faire l’économie de la finalité dans l’explication du mouvement des corps. Pour expliquer le mouvement, il n’est besoin que du principe d’inertie et de l’action d’un corps sur un autre. Mais en quoi précisément cette action consiste-t-elle? Hume évite la difficile question de la nature de la causalité en la réduisant à une simple relation de contiguïté spatio-temporelle entre des phénomènes observables. Auguste Comte, dans le même esprit, récuse le concept de cause au profit de celui de loi. Les lois de la physiques décrivent, le plus souvent sous une forme mahématique, une relation constante entre des phénomènes sans se prononcer sur la nature du mécanisme sous-jacent. Au « Pourquoi? » causal, il faut substituer le « Comment? » nomologique (nomos=loi; logos=discours rationnel). La loi décrit l’interaction sans en expliquer la nature.

La biologie peut-elle se passer du principe de finalité?

Peut-on faire l’économie de la cause finale dans la connaissance du vivant? Peut-on expliquer la forme des organes autrement que par leur fonction? (Le coeur est fait pour faire circuler le sang, la ramure du cerf pour attirer la femelle et vaincre le rival…) Peut-on donner une explication strictement mécaniste du vivant? C’est ce que croit Descartes, ce qui l’amène à réduire l’animal à une simple machine. Mais la thèse de Descartes pose un certain nombre de difficultés très tôt dénoncées (entre autres par Leibniz puis Kant).

Comme l’explique François Jacob dans La logique du vivant, la biologie moderne rend compte de l’apparente finalité du vivant en s’appuyant sur la notion de programme génétique et des mécanisme de régulation à l’oeuvre au niveau de l’individu et de l’espèce (darwinisme).

Expliquer en terme de cause ou comprendre en terme d’intention?

Qu’en est-il des sciences humaines? La finalité est un type d’explication privilégié dans le domaine de l’action. Si son extension au monde non humain relève de l’anthropomorphisme (projection sur la nature de caractéristiques propres à l’homme), la compréhension d’un système impliquant des agents conscients peut-elle faire l’économie de la finalité intentionnelle?

Voir à ce sujet la distinction entre expliquer et comprendre.