Abstrait/Concret

Définitions

Concret

Est concret (du latin concretus, concrescere, se solidifier) ce qui peut être immédiatement perçu par les sens ou être imaginé perceptible.

« Les indigènes des îles Murray, dans le détroit de Torrès, ne disposent que des chiffres 1 et 2; au-delà, ils se rapportent à quelque partie de leur corps: on commence par le petit doigt de la main gauche, puis on passe par les doigts, le poignet, le coude, l’aisselle, etc. On dira que ces indigènes n’ont aucune représentation abstraite des nombres; compter, pour eux, demeure l’opération du dénombrement des parties de leur corps, c’est une opération concrète. Le concret, c’est le domaine des significations familières qui est la marque du monde où nous vivons, plus particulièrement du monde perçu. On entend généralement par concret ce qui existe réellement, ce qui est donné aux sens (une idée peut être concrète si elle est le résultat immédiat de la perception). »

Sylvain Auroux et Yvonne Weil, Dictionnaire des auteurs et des thèmes de la philosophie. Hachette, 1975, article « Abstrait ».

  • Ex. : les individus que l’on appelle « chiens » sont des êtres concrets, tous différents les uns des autres. L’idée de chien est concrète dans la mesure où les chiens sont perceptibles.

Abstrait

L’abstrait, c’est le séparé par opposition au tout. Abstraire, c’est séparer, laisser de côté certains aspects d’une chose ou d’une représentation .

  • Ex. : On peut considérer le mur, abstraction faite de sa couleur.

L’abstrait, c’est aussi le général par opposition au particulier. L’abstraction permet de saisir des caractéristiques communes.

  • Ex. : Tous les chiens ont en commun des caractéristiques qui forment la définition du concept de chien.

L’abstrait, enfin, c’est le construit par opposition au donné. Ce qui est obtenu par séparation et généralisation n’est pas donné immédiatement.
La difficulté de la notion d’abstraction tient au fait que ces trois déterminations ne se recouvrent pas totalement :
Le séparé peut ne pas être général.

  • Ex.: la couleur, considérée indépendamment de toute surface colorée, est abstraite (séparée) sans être générale.

Le construit peut ne pas être général.

  • Ex.: un nombre, défini à partir de la notion de successeur, est abstrait (construit) sans être général.
Dictionnaires de référence
  • André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie. P.U.F.
  • Sylvain Auroux et Yvonne Weil, Nouveau vocabulaire des études philosophiques. Hachette

 

Discussion

Les problèmes posés par le couple abstrait/concret concernent les rapports entre la pensée et la réalité.

Le concret est souvent considéré comme ce qui nous ancre dans la réalité. Plus la pensée est éloignée de la réalité, et, plus particulièrement de la réalité immédiate et familière, plus elle est abstraite. De là une certaine méfiance vis-à-vis de l’abstraction.

Les termes qui désignent des choses perceptibles sont dits « concrets ». Ainsi, « homme » serait un terme concret, mais « humanité » un terme abstrait.

Cependant, tout signe linguistique, donc tout terme, en tant que son signifié est un concept et non la chose correspondante, est abstrait.

Nommer, c’est toujours rassembler sous l’identité d’un même nom les réalités singulières et multiples en faisant abstraction de leurs différences. Le langage est donc un facteur d’abstraction. C’est ce qui permet au langage de transcender le donné immédiat.

D’une certaine façon, la pensée suppose l’abstraction dans ses trois déterminations: généraliser, analyser (séparer, décomposer), et construire. C’est une activité hautement symbolique (qui passe par la manipulation de symboles) dont l’exemple par excellence est la pensée mathématique.

L’abstraction n’est pas nécessairement un appauvrissement. Les classiques considéraient que plus on généralisait, moins on connaissait les propriétés de l’objet : l’extension du concept (l’ensemble des objets auquel il s’appliquait) s’étendait; sa compréhension (l’ensemble des caractéristiques auxquelles il renvoyait) diminuait. La science moderne montre au contraire que ce sont les modèles de la réalité les plus abstraits (et souvent les plus mathématiques) qui sont les plus riches.